La transition écologique, une priorité et un objectif stratégique pour l’industrie

Si la décarbonation de l’industrie est au cœur du plan de relance du gouvernement, l’enjeu n’est pas nouveau. En effet, près de 20 % des émissions de gaz à effet de serre sont issus des activités industrielles. Certes, ces 20 dernières années, le secteur a marqué une baisse notoire de ses émissions carbone, mais des efforts sont encore nécessaires pour atteindre les objectifs du Plan Climat 2030, qui vise à réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre.

La prise de conscience est réelle et s’inscrit dans une feuille de route plus globale - à l’échelle européenne - qui tend vers la neutralité carbone, à l’horizon 2050.

Pour relever cet ambitieux défi, l’industrie doit donc opérer sa mue maintenant. En ce sens, la Covid-19 a pointé l’urgence d’une transformation en profondeur. Et à l’aune de cette crise sanitaire, la transition écologique apparaît comme une opportunité ainsi qu’un levier de performance pour l’industrie française.

Dans ce contexte, le plan « France Relance » a prévu un soutien stratégique de 1,2 milliard d’euros d’ici 2022, afin d’aider les entreprises, de la TPE à ETI, à améliorer leur efficacité énergétiquemoderniser leurs procédés de fabrication ou encore décarboner la production de chaleur.

Pour s’engager vers cette neutralité carbone, l’industrie française dispose de multiples pistes à explorer : optimisation des process industriels et chaleur bas-carbonerénovation énergétiquesoutien à la filière hydrogène vert

Entretien avec Navi Radjou, Conseiller en innovation et leadership

"Nous sommes dans un monde d’atomes, pas dans un monde de bits"

Navi Radjou, Français d’origine indienne établi aux États-Unis, est conseiller en innovation et leadership. Il a remporté en 2013 le prix Thinkers50 Innovation Award et est intervenu à TED Global. Il est coauteur avec le professeur Jaideep Prabhu de L’Innovation Jugaad et du Guide de l’innovation frugale, paru en France en 2019 et préfacé par l’ex-PDG d’Unilever, Paul Polman.
Découvrez son interview pour Forbes

 

En quoi l’industrie peut-elle contribuer à la transition écologique ?

L’industrie est au coeur de la transition écologique car il faut toujours transporter, nourrir, blanchir et loger bientôt huit milliards d’individus, dont la majorité commence tout juste à consommer. Nous, économies développées, avons une responsabilité historique et l’impératif moral de leur donner accès au confort matériel que l’industrie nous a offert en Occident.
Il n’est donc pas question de déproduction, mais de nouvelles façons de produire. En effet, face à l’urgence environnementale et sociale, au-delà de l’économie circulaire, l’industrie doit aujourd’hui devenir régénératrice.

Comment peut-elle y parvenir ?

Elle peut par exemple réinventer ses actifs existants pour les rendre moins énergivores, notamment grâce au biomimétisme. La nature peut être une source d’inspiration, non seulement pour les produits, mais aussi pour les process, en adoptant une approche systémique et des principes de symbiose industrielle, en appliquant l’économie du partage non pas à l’échelle de la seule entreprise, mais entre réseaux d’entreprises.

L’industrie n’est-elle pas vouée à céder la place aux services ?

La transition digitale, tellement à la mode, ne s’applique pas au coeur des métiers, et nous sommes bien dans un monde d’atomes et de matière, pas dans un monde de bits. Plutôt que de céder à la tentation de passer directement de l’industrie aux services, il faut inventer une industrie hybride, phygitale, qui exploite les innovations de rupture comme l’impression 3D ou l’intelligence artificielle tout en employant encore de la main-d’oeuvre. Il faut pour cela faire preuve d’audace, repenser les modèles économiques, voire les cultures d’entreprise, avec des leaders inspirants ayant eux-mêmes accompli cette transition.

Quels sont les principaux enjeux auxquels fait face l’industrie aujourd’hui ?

Il s’agit de réduire la distance entre l’offre et la demande, qui s’exprime sur plusieurs plans : géographique, temporel, mais aussi en termes de besoins et de valeurs. Ce ne sont pas les grandes industries centralisées qui peuvent réduire ces hiatus mais une production distribuée, grâce à des micro-usines au plus près des consommateurs, plus efficientes et hyperagiles, à l’image de celles mises en place par Novartis ou par Danone.

Optimisation des procédés industriels et chaleur bas-carbone

Parmi les pistes de réflexion pour s’engager vers la neutralité carbone, le plan France Relance met l’accent sur l'amélioration des procédés industriels et leur électrification. Cet axe concerne plus précisément certains secteurs, comme la cimenterie ou de la métallurgie, grands émetteurs d’émissions de gaz à effet de serre. Pour relever ce défi industriel, le gouvernement table sur les nouvelles technologies, et notamment sur la captation, le stockage et la valorisation du CO2 qui apparaît aujourd’hui comme une piste prometteuse.

Plus globalement, le gouvernement en appelle à une décarbonation profonde des activités industrielles. Les possibilités offertes par la décarbonation sont nombreuses, et le Plan France Relance mise sur le financement d’installations fonctionnant à partir de biomasse ou de combustibles solides de récupération (CSR).
Cet axe prioritaire résonne avec les engagements d’ENGIE Solutions, qui a développé une expertise unique dans la valorisation du bois-énergie depuis plusieurs années.

 

Les dispositifs de soutien à la décarbonation et à l’efficacité énergétique

Ces dispositifs visent à : 

  • financer l’amélioration de l’efficacité énergétique
  • financer l’adaptation des procédés industriels 
  • financer la décarbonation de la chaleur
  • investir dans la mobilité « zéro carbone »
1/4 - Quels dispositifs associés à la décarbonation et l'efficacité énergétique ?

Efficacité énergétique

Typologie de projets concernés: Investissement dans un projet industriel concernant le process ou les utilités

  • Permettant un gain d’efficacité énergétique en énergie primaire
  • Permettant une réduction des émissions de gaz à effet de serre en teqCO2

Exemple : Remplacement d’un process industriel ou d’une utilité par un équipement énergétiquement plus performant, mise en place d’équipements de récupération de chaleur avec valorisation de ladite chaleur.

Montant des subventions: de 30 à 50% ou aide COVID allant jusqu'à 800 000€ par entreprise. 

 

2/4 - Quels dispositifs associés à la décarbonation et l'efficacité énergétique ?

Décarbonation des procédés

Typologie de projets concernés: 

  • Projets de chaufferie biomasse, suite à une démarche d’économie d’énergie sur les différents usages, avec un dimensionnement optimisé (limiter le fonctionnement à taux de charge réduit). 
  • Plan d’approvisionnement biomasse garantissant le bon fonctionnement de l’installation tout en préservant l’environnement les usages existants,
  • Système de traitement des fumées performants
  • Projets biomasse devant alimenter des industries manufacturières

Montant des subventions: de 45 à 65%. Subventions cumulables avec les CEE. 

3/4 - Quels dispositifs associés à la décarbonation et l'efficacité énergétique ?

Briques technologiques démonstrateur hydrogène

Typologie de projets concernés: Décarboner l’industrie en faisant émerger une filière française de l’électrolyse, développer une mobilité lourde à hydrogène décarboné et soutenir la recherche.

L’innovation et le développement de compétences afin de favoriser les usages de demain.

Montant des subventions: complémentaires aux aides locales et européennes, aides sous forme de subvention et d'avances remboursables. 

4/4 - Quels dispositifs associés à la décarbonation et l'efficacité énergétique ?

Décarbonation des outils de production industrielle

Typologie de projets concernés: Investissement dans un bien destiné à l’efficacité énergétique ou la décarbonation d’une activité industrielle, parmi les 18 biens 

Ces biens éligibles font partie de 3 grandes familles :

  • Matériel de récupération de force ou de chaleur (11 typologies de biens éligibles)
  • Matériels destinés à l’amélioration du rendement énergétique d’appareils ou d’installations (3 typologies de biens éligibles)
  • Matériels moins émetteurs de Gaz à effet de Serre, alternatifs à des matériels ou des procédés alimentés par des énergies fossiles (4 typologies de biens éligibles)

Montant des subventions: de 10 à 50% suivant le type de matériel et de la taille de l'entreprise. 

En complément de ces dispositifs, l’ADEME met à la disposition des TPE/PME/PMI industriels des « prêts verts ». Ce dispositif vous permet de bénéficier d’un financement spécifique, à hauteur de 1 million d’euros sur une durée pouvant aller jusqu’à 10 ans.

BPI France propose également un prêt garanti et bonifié grâce au programme de certificats d’économie d’énergie (CEE) aux  PME de plus de 3 ans engageant un programme d’investissement en vue d’améliorer leur efficacité énergétique.  Ce dispositif vous permet de bénéficier d’un financement jusqu’à 500 000 € sur une durée de 3 à 7 ans maximum.

 

Développer les technologies vertes

Favoriser la transition écologique passera incontestablement par l’adoption massive des technologies vertes et vertueuses, avec une priorité donné à l’hydrogène décarboné. A ce titre, le plan du gouvernement prévoit une enveloppe de 7 Md€ en faveur de l’hydrogène vert à l’horizon 2030, dont 2 Md€ dès 2021–2022. Un soutien de premier plan qui devrait permettre à la France de s’inscrire durablement dans l’économie bas-carbone, en phase avec la dynamique européenne.

Utilisable en complément des autres énergies vertes, l’hydrogène vert représente une solution d’avenir pour développer une mobilité durable  (maritime, aviation, routier) ou décarboner les activités industrielles.

Acteur majeur de l’hydrogène renouvelable, ENGIE Solutions intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production d’hydrogène à son utilisation finale. Tout au long du projet, nos équipes vous accompagnent dans le déploiement de votre solution : conception, ingénierie, plateforme numérique, exploitation, financement…

 

Le dispositif «Démonstrateurs et territoire d’innovation de grande ambition »

Opérée par l’ADEME, ce dispositif, en place jusqu’au 20 janvier 2021, soutient les entreprises dans un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Dans ce cadre, trois appels à projets dédiés à la bioéconomie et à la protection de l’environnement, à l’économie circulaire et aux systèmes énergétiques sont actuellement ouverts. 

L’action est dotée de 300 Millions d’€. Le coût total du projet doit être supérieur à 2 M€ avec des taux moyens d’aide d’Etat variant entre 25% et 60% selon la taille de l’entreprise, le régime d’aides, le caractère collaboratif ou non du projet et le panachage entre subvention et avances remboursables retenu. 

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